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Au moyen des données et des appréciations des organisations interrogées, il s'agit ici de présenter un état des lieux des différentes configurations du marché du sexe suisse par canton.

Comme nous l'avions esquissé ailleurs (Bugnon et Chimienti 2009 : 6), le marché du sexe en Suisse peut être décrit selon quatre types de "settings" : la rue, les salons de massage, les bars à champagne et les cabarets. Il convient à présent d'affiner ces typologies, qui concernent les lieux où s'effectue la rencontre entre une travailleuse ou un travailleur du sexe et sa clientèle (et non le lieu où s'effectue la passe).

La rue correspond au travail « outdoor » et renvoie à une pluralité de lieux en extérieur (une ou plusieurs rues d'un quartier dont les trottoirs ou vitrines sont l'espace de "racolage", des lieux de stationnement publics, des autoroutes, etc.). La prestation sexuelle peut ensuite avoir lieu dans un hôtel, un appartement privé, une voiture etc.

Les salons de massage, bars à champagne et les cabarets correspondent à des lieux de rencontre soustraits à la vue du public, soit « indoor ». Certains salons de massage comprennent des saunas ou espaces de bien-être (wellness). Les différentes formes de salons se trouvent sur un continuum allant d'appartements auto-gérés par deux ou trois personnes prostituées à des bordels gérés par un "patron". La manière dont le contact a été établi importe peu (Internet, téléphone, annonce, etc.). En ce qui concerne les bars à champagne et les cabarets, il s'agit d'établissements publics de l'industrie du sexe au sens large. Parfois des hôtesses ou des ses exercent une activité prostitutionnelle directement dans l'établissement (lorsque des cabines sont à disposition dans l'arrière boutique) ou indirectement (lorsque l'établissement sert de lieu de rencontre entre la prostituée et son client). Dans ces deux types d'établissements, la prostitution est exercée de manière illégale, puisque les hôtesses et danseuses sont engagées en tant qu'employées et que la prostitution ne peut être pratiquée, en Suisse, que de manière indépendante (Bugnon et al. 2009a :12).

Le marché du sexe suisse comprend également un autre type de "setting": les agences d'escorts. Ces dernières sont des accompagnatrices ou accompagnateurs de charme et de luxe dont les services, souvent sexuels, sont loués par des client-e-s par l'intermédiaire d'une agence. Parfois, cependant, les escorts travaillent sans passer par une agence. Ces types de setting ne sont pas présents dans tous les cantons suisses, ni dans une même proportion.

D’une manière générale, on évalue le nombre de personnes s’adonnant à la prostitution en Suisse (c’est-à-dire les personnes exerçant dans la rue, les salons ou comme escorts, les danseuses de cabarets et hôtesses de bar à champagne n’étant pas incluses) à un intervalle allant de 13'000 à 20'000 personnes. Les cantons de Berne et Zurich en comprennent entre 1800 et 3800. Alors que dans ceux de Bâle-Ville, Genève, Tessin et Vaud, le nombre de personnes prostituées est situé entre 600 et 1050. Dans les cantons d'Argovie, Fribourg, Lucerne, Thurgovie, Saint-Gall et Soleure, il y a entre 170 et 300 prostituées. Le nombre est estimé entre 60 et 105 à Neuchâtel, Grisons, Schwytz et Valais. Le milieu de la prostitution des cantons de Appenzell Rhodes extérieures, Bâle-Campagne, Jura, Glaris, Schaffhouse et Zoug en comprend moins de 30. Enfin, les cantons d'Appenzell Rhodes intérieures, Nidwald, Obwald et Uri ne présentent pas de prostitué-e-s.

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Sommaire

Types de settings et nombre d'établissements

Encadré 1 – Quelques données officielles

Dans cinq cantons suisses, tous latins (Genève, Neuchâtel, Vaud, Valais et Tessin), le recensement des personnes prostituées et/ou des établissements du marché du sexe est inscrit dans la loi (ou le règlement) cantonal(e) sur la prostitution (sauf pour le canton du Valais, qui n'a pas édicté de loi spécifique à la prostitution mais qui règlemente le recensement des personnes travaillant dans le marché du sexe dans la loi sur les dossiers de police judiciaire, voir Bugnon et al. 2009a). Ainsi, pour l'année 2007, la brigade des mœurs genevoise compte 1956 personnes prostituées, tandis que l'office de surveillance du canton de Neuchâtel recense 72 travailleuses et travailleurs du sexe et 31 salons de massage et la police vaudoise a enregistré 230 salons dans son canton. Quant à la police valaisanne, elle mentionne l'existence de 68 salons de massage, 11 cabarets et 4 établissements "autres", mais ne fournit aucune donnée officielle concernant le nombre de prostituées [1]. Ces données officielles sont, comme on le constate d'emblée, extrêmement partielles, puisqu'elles n'existent que dans certains cantons [2] . Par ailleurs, elles ne permettent aucune comparaison systématique, puisque certains cantons ne recensent que les personnes (notamment Genève), d'autres que les établissements (Vaud), ou encore les deux (Neuchâtel). Cela confirme, une fois de plus, la nécessité d'effectuer un monitoring plus systématique de la prostitution dans chaque canton, afin de dresser une image plus complète du marché du sexe et de celles et ceux qui y travaillent. C'est ce que nous avons tenté de faire dans le chapitre qui suit, en nous basant non seulement sur les données officielles, mais également sur les estimations fournies par les acteurs les plus proches du terrain (police et associations spécialisées) et en effectuant, pour chaque canton, une moyenne des chiffres transmis par chaque acteur [3](cf. Méthode).


Proportion de travailleuses et travailleurs du sexe par milieu

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Avant de préciser chaque type de setting, il convient de présenter la distribution des travailleuses et travailleurs du sexe par milieu qui montre que plus des deux tiers (64%) exercent dans les salons de massage. La rue, les bars à champagne et les cabarets se partagent un tiers de la population travaillant dans le marché du sexe. Les agences d’escorts n’en comprennent qu’un très faible pourcentage (2%).

Prostitution de rue

En ce qui concerne les estimations par setting, on peut tout d'abord distinguer des cantons avec ou sans prostitution de rue (cf.carte 2). Les cantons avec une scène ouverte de la prostitution sont Bâle-Ville, Berne, Fribourg, Genève, Lucerne, Soleure, Saint-Gall, Thurgovie, Vaud et Zurich. Parmi ces derniers, seuls les cantons de Lucerne et Thurgovie n'ont aucune disposition légale réglementant l'exercice de la prostitution. Les autres cantons ont une réglementation communale de la prostitution de rue (sauf Genève dont la réglementation est cantonale ; il s'agit toutefois d'un canton-ville). Certain-e-s répondant-e-s spécifient que la prostitution de rue est délimitée au chef-lieu comme à Lausanne, Zurich et Genève [4] Dans les questionnaires, il y a certains cas où il n’y a pas de consensus sur la présence de prostitution de rue dans le canton (Argovie, Grisons, Jura).

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Les cantons dont on mentionne des estimations quant au nombre de travailleuses et travailleurs du sexe dans la rue se regroupent en 4 catégories. Les cantons de Genève et de Zurich [5] comprennent entre 350 et 800 personnes exerçant la prostitution dans la rue. Dans les cantons de Bâle-Ville, Berne, Fribourg et Vaud, la prostitution de rue est le fait d'entre 100 et 185 travailleuses et travailleurs du sexe. Enfin, la prostitution de rue est moindre dans les cantons de Lucerne et Soleure, entre 17 et 30 personnes et est encore plus faible dans les cantons des Grisons et du Jura qui comprennent moins de 10 personnes prostituées exerçant dans la rue [6] .

Prostitution "indoors"

Quant à la prostitution "indoors", les établissements publics liés au marché du sexe comme les cabarets, les bars à champagne sont généralement facilement répertoriés par les organisations.

En ce qui concerne le nombre général d'établissements du marché du sexe (salons, cabarets, bars à champagne et agences d'escorts), les cantons de Bâle-Ville, Genève, Vaud et Zurich possèdent un grand nombre d'établissements (entre 101 et plus de 500 établissements). Viennent ensuite les cantons comprenant entre 21 et 100 établissements sur leur territoire. Il s'agit des cantons d'Argovie, Berne, Fribourg, Lucerne, Neuchâtel, Schwytz, Soleure, Saint-Gall, Tessin, Thurgovie et Valais. Enfin, les cantons ayant un petit nombre d'établissements du marché du sexe (moins de 20) sont Appenzell Rhodes intérieures (aucun établissement), Appenzell Rhodes extérieures, Bâle-Campagne, Glaris, Jura, Nidwald, Obwald, Schaffhouse, Uri et Zoug [7].

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Au total, on compte 1405 salons de massage en Suisse (ce qui ferait, si la distribution était égale, environ 54 salons de massage par canton). Viennent ensuite les cabarets qui sont au nombre de 271 sur le territoire suisse (ce qui ferait entre 10 et 11 cabarets par canton). Enfin, on totalise 152 bars à champagne (soit près de 6 bars à champagne par canton). En bref, un canton en moyenne compterait 71 établissements du sexe, auxquels s’ajouterait la prostitution de rue.

Salons de massage

De manière logique, la prostitution dans les salons de massage est exercée dans presque tous les cantons suisses, à l'exception des cantons d'Appenzell Rhodes intérieures, Nidwald, Obwald et Uri dans lesquels aucun salon n'est répertorié par les instances ayant répondu au questionnaire. Les cantons de Bâle-Ville, Genève, Vaud et Zurich comprennent le plus grand nombre de salons estimés, soit entre 130 et 450. Il s'agit de cantons qui ont en général davantage d'établissements liés au marché du sexe, ainsi qu'une importante quantité de personnes qui exercent la prostitution. Il y a entre 30 et 79 salons dans les cantons d'Argovie, Fribourg, Lucerne, Neuchâtel, Soleure, Thurgovie et Valais. Quant aux cantons d'Appenzell Rhodes extérieures, Bâle-Campagne, Glaris, Jura, Schaffhouse, Schwytz et Zoug, ils comportent moins de 20 salons [8] .


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Le nombre de personnes prostituées dans les salons varie beaucoup entre les cantons. Entre 1700 et 3000 travailleuses et travailleurs du sexe exercent dans les salons bernois et zurichois. Les cantons de Bâle-Ville, Genève, Tessin et Vaud comprennent entre 500 et 850 prostitué-e-s dans les salons. Il y a entre 60 et 300 personnes prostituées exerçant dans les salons de massage des cantons d'Argovie, Fribourg, Grisons, Lucerne, Neuchâtel, Schwytz, Saint-Gall, Soleure, Thurgovie et Valais. Enfin, les cantons dont les salons comprennent en tout entre 4 et 25 travailleuses et travailleurs du sexe sont Appenzell Rhodes extérieures, Bâle-Campagne, Glaris, Jura, Schaffhouse et Zoug.

Cabarets

Hormis le canton d'Appenzell Rhodes intérieures et le canton de Zoug, il y a des cabarets dans tout le territoire suisse, même dans les cantons ne possédant pas de prostitution au sens strict (Nidwald, Obwald). Dans les cantons de Berne, du Tessin et de Zurich, il y a entre 30 et 65 cabarets. Ceux d'Argovie, Bâle-Ville, Fribourg, Genève, Neuchâtel, Schwytz, Soleure, Thurgovie, Vaud et Valais comprennent entre 8 et 20 cabarets. Les cantons d'Appenzell Rhodes extérieures, Glaris, Jura, Lucerne, Nidwald, Obwald, Schaffhouse et Uri ont jusqu’à 5 cabarets.


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Selon les données de l’Office fédéral des Migrations tirées de l’étude de Chimienti (2009), le nombre total de danseuses de cabaret en Suisse ( tableau 1) s'élevait, en 2003, à 1301 personnes. La majeure partie d'entre elles (20.8%) travaillaient dans le canton de Zurich. Les cantons de Berne (11.4%), Tessin (8.8%), Vaud (8.8%), Genève (6.4%), Schwytz (6,1%) présentaient également un nombre important de danseuses de cabaret. Dans les vingt autres cantons, où se répartit le reste des danseuses, leur proportion ne dépasse pas 6%. Cette répartition entre cantons semble relativement similaire entre 1999 et 2003, hormis pour le canton d’Argovie [9].

Bars à champagne

Les bars à champagne sont une spécificité de quelques cantons. De fait, plusieurs cantons n'en comptent pas : Appenzell Rhodes intérieures, Appenzell Rhodes extérieures, Jura, Neuchâtel, Obwald et Zoug. Les cantons de Bâle-Ville, Genève et Tessin ont entre 20 et 37 bars à champagne et, dans les cantons d'Argovie, Lucerne, Soleure, Schwytz, Thurgovie et Vaud, il y a entre 8 et 12 bars. Enfin, certains ont moins de 5 bars à champagne (Bâle-Campagne, Fribourg, Glaris, Schaffhouse, Uri et Valais). Enfin, si les cantons de Berne, Grisons, Nidwald, Saint-Gall et Zurich possèdent des bars à champagne, leur nombre n'a pas pu être estimé.

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En ce qui concerne le nombre d'hôtesses [10] de bar à champagne, on peut séparer les cantons en 4 catégories. Il y a entre 300 et 800 hôtesses dans les bars bâlois et bernois. Quant aux cantons d'Argovie, Genève et Schwytz, les bars à champagne comprennent entre 70 et 130 hôtesses. A Nidwald, Saint-Gall et Soleure, les bars à champagne comprennent entre 20 et 40 hôtesses. Enfin, les cantons de Bâle-Campagne, Glaris, Grisons, Schaffhouse et Uri ne comprennent que peu de bars à champagne (entre 1 et 2 bars) et avec une faible population d'hôtesses (entre 4 et 10).

Agences d'escorts

Pour de nombreux cantons, il y a contradiction entre les acteurs quant à l'existence, dans le canton concerné, d'agences d’escorts, zones « grises » du marché du sexe, moins manifestes et non répertoriées (Fribourg, Glaris, Grisons, Lucerne, Soleure, Tessin, Thurgovie, Valais et Vaud). Cependant, les acteurs interrogés des cantons d'Argovie, Bâle-Ville, Berne, Glaris, Genève, Saint-Gall et Zurich s'accordent à dire que l'escorting existe sur leur territoire. Le nombre d'escorts n'est toutefois que rarement mentionné. Seuls certains cantons présentent des chiffres. On distingue 3 catégories. Il y aurait environ 5 escorts en Valais, entre 20 et 40 escorts à Bâle-Ville, Saint-Gall et Thurgovie, alors que Genève présenterait environ 150 escorts. Dans les cantons dont les répondant-e-s annoncent clairement la présence d'escorts, il existe également une prostitution de rue, à l'exception des cantons d'Argovie, Glaris et Valais. Il semblerait ainsi que la présence d'escorts soit conjointe à celle de prostitution de rue.

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Synthèse

Le marché du sexe en Suisse comprend trois configurations différentes. Dans un premier groupe de cantons, l’offre du marché du sexe est diversifiée et le nombre de travailleuses et travailleurs du sexe important. Il s'agit des cantons de Bâle-Ville, Berne, Genève, Tessin, Vaud et Zurich, ainsi que ceux d’Argovie, Fribourg, Lucerne, Soleure, Saint-Gall et Thurgovie. Ces derniers disposent pour la plupart d’une législation cantonale ou communale spécifique sur l’exercice de la prostitution. Le deuxième groupe est constitué de cantons avec un marché de la prostitution de taille moyenne et comprenant au moins 3 types de prostitution. Il s'agit de Bâle-Campagne, Grisons, Glaris, Jura, Neuchâtel, Schaffhouse, Schwytz et Valais.

Quant aux cantons d’Appenzell Rhodes extérieures, Nidwald, Obwald, Uri et Zoug, la taille de leur marché du sexe est petite et l’offre est plus homogène, comprenant un petit nombre de cabarets, parfois également des salons de massage. Par ailleurs, on constate que l’existence de la prostitution de rue n’est pas que le fait de cantons avec un important marché du sexe comme le montre l’absence de ce type de travail du sexe dans le canton du Tessin et la présence, certes modeste, de ce dernier dans les cantons des Grisons et du Jura. Mais on constate cependant un effet de corrélation : plus la prostitution de rue est importante plus le nombre d’établissements est important. Comme on peut le noter, ces différentes configurations ne sont pas liées à des régions géographiques ou linguistiques particulières, mais plutôt au caractère urbain ou non du canton.

La proportion de personnes travaillant dans les salons est de 1.5 (par ex. Genève) à 9 fois (par ex. Berne ou Grisons) celle des personnes exerçant dans la rue.

D’ailleurs les salons représentent les établissements les plus nombreux. Seuls les cantons d'Appenzell Rhodes extérieures, Schaffhouse et Schwytz présentent davantage de cabarets que de salons et les cantons d’Obwald, Nidwald et Uri comprennent des cabarets mais aucun salon. Cependant, si la prostitution dans les salons de massage est de nos jours le type le plus important en quantité en Suisse, ce sont les cabarets qui couvrent géographiquement quasiment tout le territoire, car 24 cantons sur 26 en possèdent, tandis que 22 cantons ont des salons, 12 cantons ont de la prostitution de rue, des bars à champagne existent dans 20 cantons et qu’assurément 6 cantons ont de l’escorting.

Parmi les cantons qui possèdent des bars à champagne, il est intéressant de constater que les cantons d'Argovie, Bâle-Campagne, Glaris, Nidwald, Schaffhouse, Schwytz, Tessin, Uri et Valais n'ont pas de prostitution de rue. Ainsi, les salons de massage, cabarets et bars à champagne sont des types d'établissements du marché du sexe qui ne sont pas dépendants de l'existence d'une scène ouverte de la prostitution. Toutefois, les bars à champagne sont plus nombreux dans des cantons qui présentent également un nombre important de salons de massage.

A cette diversité cantonale de types de prostitution et donc d’établissements fait écho la diversité des profils des travailleuses et travailleurs du sexe. Diversité qui induit, comme on le relèvera plus loin, des problèmes particuliers et par conséquent également la nécessité d’adapter les offres de soutien.

Profil des travailleuses et travailleurs du sexe

Genre

D'une manière générale, il y a environ 50 fois plus de femmes que d'hommes dans le marché du sexe et 25 fois plus de femmes que de personnes transgenres (cf. annexe 1). Les hommes sont peu répertoriés. Ils sont par ailleurs moins nombreux que les transgenres, à l'exception des cantons du Jura, Thurgovie, Saint-Gall ainsi que de Zurich. Le nombre de femmes travailleuses du sexe est estimé entre 1500 et 8300 à Berne et Zurich. Elles seraient entre 800 et 1500 dans les cantons de Bâle-Ville, Grisons et Genève. Quant aux cantons d'Argovie, Soleure, Tessin et Vaud, le nombre de travailleuses du sexe y est estimé entre 450 et 575. Dans les cantons de Lucerne, Obwald, Schwytz, Saint-Gall, Thurgovie et Valais, elles sont entre 140 et 290 et il y a de 5 à 75 femmes exerçant dans le travail du sexe dans les cantons d'Appenzell Rhodes extérieures, Bâle-Campagne, Glaris, Jura, Neuchâtel, Schaffhouse, Uri et Zoug [11] .

Quant au nombre d'hommes, le canton de Zurich les estime à 250 sur son territoire. Il y en a entre 30 et 60 dans les cantons de Genève et Vaud et entre 10 et 15 dans les cantons du Jura, Lucerne et Saint-Gall. Les estimations pour les cantons de Bâle-Ville, Grisons et Schaffhouse les portent au nombre de 2 à 5. Aucun n'est répertorié dans les cantons de Glaris, Neuchâtel et Obwald[12] . Les personnes transgenres sont estimées entre 200 et 300 dans les cantons de Berne et Genève. Il y en a environ 50 dans les cantons de Bâle-Ville, Vaud et Zurich, entre 10 et 17 dans les cantons de Lucerne, Soleure et Valais. Dans les cantons de Bâle-Campagne, Glaris, Grisons, Jura, Neuchâtel, Schwytz et Saint-Gall, ils sont entre 1 et 5. Il n'y en a aucun dans le canton d'Obwald [13].

Situation de séjour

Le nombre de travailleuses et travailleurs du sexe sans autorisation de séjour, requérantes et requérants d’asile déboutés ou NEM, dans les cantons de Bâle-ville, Soleure, Tessin, Vaud et Zurich varie entre 200 et 500. Notons que ces derniers sont des cantons avec une importante présence du travail du sexe, à l’exception toutefois de Soleure. Ce nombre est deux à dix fois moins important dans les cantons de Fribourg, Lucerne et Schwytz, qui compte entre 50 et 100 personnes dans cette situation. Enfin, dans les cantons d'Appenzell Rhodes extérieures, Glaris, Jura, Schaffhouse, Saint-Gall et Thurgovie, le nombre de personnes « sans papier » serait quasi inexistant, variant entre 5 et 10. Les cantons de Genève, Neuchâtel et Obwald précisent – sans donner de chiffre – que le nombre de travailleuses et travailleurs du sexe sans autorisation de séjour, requérantes et requérants d’asile déboutés ou NEM serait moindre, le marché étant constitué essentiellement de personnes régulières. A ce sujet, les associations semblent moins unanimes et ont identifié des personnes irrégulières dans ces cantons sans pour autant avoir pu évaluer leur ampleur, ce que confirment d'ailleurs certaines études (Chimienti 2009) [14].

Il existe également de fortes différences entre les cantons quant au nombre de personnes au bénéfice d’un permis L. En premier lieu, il faut rappeler que huit cantons suisses ont cessé, par décision des autorités cantonales, ou n’ont jamais octroyé des permis L de danseuse de cabaret à des ressortissantes d'Etats tiers. Il s'agit des cantons d'Appenzell Rhodes intérieures et extérieures, Jura, Saint-Gall, Thurgovie, Vaud, Valais et Zoug (Bugnon et al. 2009a). Cette restriction s'applique toutefois uniquement aux femmes provenant des pays hors de l'UE et n'empêche donc pas l'attribution de permis L aux femmes originaires de l'UE, lorsqu'elles obtiennent une autorisation de travail de courte durée. Ainsi, les cantons de Bâle-Ville, Berne, Lucerne et Tessin ont octroyé en 2007 entre 400 et 750 permis L. Alors que dans les cantons de Genève, Jura, Saint-Gall, Soleure, Thurgovie et Obwald, la proportion varie entre 100 et 214 permis L délivrés. Les cantons d’Argovie, Grisons, Nidwald, Schaffhouse, Schwytz et Valais comprennent entre 20 et 70 personnes avec permis L. Enfin, on délivre entre 2 et 10 permis dans les cantons d’Appenzell Rhodes extérieures, Neuchâtel et Uri, tandis que dans les cantons de Vaud et Zoug, aucun permis L n’a été délivré [15].

Les travailleuses et travailleurs du sexe avec un permis B ou C (qui sont par définition d’origine étrangère) représentent une situation moins disparate, puisqu’on ne compte que trois cas de figure, bien que le nombre d’un cas à l’autre varie passablement. Ainsi, les travailleuses et travailleurs du sexe avec un permis B ou C sont entre 530 et 2000 dans les cantons de Bâle-Ville, Genève et Zurich, alors qu’ils sont entre 85 et 200 à travailler dans les cantons de Saint-Gall, Soleure, Tessin, Valais et Vaud et ne sont qu’entre 5 et 50 dans les cantons de Fribourg, Grisons, Jura, Lucerne, Neuchâtel, Schaffhouse, Schwytz, Thurgovie et Uri (cf. annexe 2).

Les personnes de nationalité suisse sont peu nombreuses. On peut d’ailleurs supposer que parmi ces personnes figurent plusieurs d’origine étrangère qui ont acquis la nationalité par le biais d’un mariage avec un résident suisse. Les personnes suisses travaillant dans le marché du sexe sont entre 250 et 800 dans les cantons de Bâle-Ville, Berne, Genève et Zurich et entre 3 et 50 dans les cantons de Argovie, Fribourg, Glaris, Grisons, Jura, Lucerne, Neuchâtel, Schaffhouse, Schwytz, Soleure, Saint-Gall, Thurgovie, Tessin, Uri et Valais [16] .

Pour les travailleuses et travailleurs du sexe qui posséderaient un permis N ou F, seuls les cantons de Bâle-Ville, Soleure et Zurich mentionnent des données. Ils seraient entre 20 et 50 dans ces cantons.

Origine géographique

En ce qui concerne les régions d’origine des travailleuses et travailleurs du sexe étrangères et étrangers, la principale origine géographique est l’Amérique latine, car c’est la première origine mentionnée pour la majorité des cantons, soit 10 cantons (Argovie, Bâle-Ville, Berne, Lucerne, Neuchâtel, Schaffhouse, Schwytz, Soleure, Tessin, Valais et Vaud). Ce constat n'étonne pas, dans la mesure où les femmes originaires d'Amérique latine figurent parmi les premières vagues de migration féminine en Suisse (Sardi et Froidevaux 2001). L’Europe de l’Est hors UE est également une origine importante puisque c’est la première dans 7 cantons, dont 6 en Suisse alémanique (Argovie, Jura, Nidwald, Obwald, Schaffhouse, Schwytz et Thurgovie). Les pays de l’Europe de l’Ouest ne se trouvent que dans 4 cantons au premier rang (Appenzell Rhodes extérieures, Genève, Glaris, Saint-Gall). Quant à l’Europe de l’Est (UE 8), elle est la première origine des travailleuses et travailleurs du sexe dans 3 cantons (Argovie, Saint-Gall et Zurich). L’Afrique du Nord est la région géographique la plus représentée dans la population des travailleuses et travailleurs du sexe étrangères et étrangers du canton du Jura. L’Asie ainsi que l’Afrique de l’Ouest, du Sud et de l’Est ne sont au premier rang d’aucun canton.

Synthèse

Le marché du sexe est donc un secteur économique fortement ethnicisé et genré : il se caractérise, d'une part, par sa population presque exclusivement féminine et, d'autre part, par une surreprésentation de personnes étrangères, originaires de quelques régions spécifiques (pays russophones et latino-américains en particulier, puis ouest et nord de l'Afrique et Thaïlande). Les Suisses représentent un groupe dérisoire et on peut même supposer que parmi ces personnes, une partie soit d’origine étrangère.

Bien que les situations de séjour d’une partie des travailleuses et travailleurs du sexe soient précaires, les personnes sans autorisation de séjour sont estimées moins nombreuses que les étrangères et étrangers avec permis de séjour et de travail L ou B ou C, voire N/F (cf. annexe 2). On peut toutefois soupçonner des évaluations en deçà de la réalité concernant la présence de personnes "sans-papiers", car ces dernières sont difficilement recensables et évitent, dans la mesure du possible, tout contact avec les autorités.

Population-cible et usagères et usagers [17]

Ce chapitre vient compléter et nuancer les estimations offertes plus haut, en présentant, dans une première partie, les populations-cibles des diverses organisations concernées par le marché du sexe, puis en détaillant le profil des usagères et usagers des acteurs associatifs exclusivement.

Intervention par setting

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De manière générale, les organisations interrogées (80) interviennent d'abord auprès des travailleuses et travailleurs du sexe exerçant dans les cabarets (85%), puis dans les salons de massage (67.5%), et les bars à champagne (58.8%). Les prostitué-e-s travaillant dans la rue constituent moins souvent une population-cible des organisations (40%). Enfin, on constate que les travailleuses et travailleurs du sexe escorts "échappent" quelque peu à l'intervention des trois types d'organisation, c’est-à-dire les autorités de contrôle, les autorités d'action sociale et les associations (cf. Les principaux acteurs du contrôle, de l’action sociale et de la prévention ) puisque, tous types d'organisation confondus, seuls 16.3% des acteurs disent intervenir auprès de cette population. Cette hiérarchisation de l'intervention auprès des différentes populations-cibles se retrouve dans un ordre identique pour chacun des grands types d'acteurs (autorités de contrôle, autorités d'action sociale et associations), avec quelques nuances dans les proportions : les associations interviennent plus, en proportion, auprès des travailleuses et travailleurs du sexe exerçant dans la rue (54.8% des associations) que les autorités de contrôle (31.8%) et les autorités d'action sociale (20%). Quant à l'intervention auprès des escorts, si elle est rare chez les associations (19.4%) et les autorités de contrôle (15.9%), elle est carrément inexistante chez les autorités de l’action sociale.

Nous avons pu, grâce aux questions supplémentaires posées aux associations, détailler les caractéristiques des usagères et usagers de ces structures associatives. Ces informations parfois confirment, parfois nuancent ou affinent le mapping général présenté plus haut.

Usagères et usagers selon le sexe

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La population des usagères et usagers des associations est constituée en moyenne de 89.5% de femmes, 3% d'hommes et 7.5% de personnes transgenres, répartition qui correspond vraisemblablement à la répartition du marché du sexe par genre. Un tiers des associations a déclaré être confronté à un public uniquement féminin et pour la grande majorité des associations (25 associations sur 31), les femmes représentent plus de 90% de la population usagère. Deux tiers des associations ne comptent aucun homme parmi leur population-cible et un tiers aucune personne transgenre.

Usagères et usagers selon le lieu de travail

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Les travailleurs et travailleuses du sexe ayant recours aux associations travaillent en premier lieu dans les salons de massage (33.3%), puis dans les cabarets (24.8%) et dans la rue (23%). Les personnes travaillant dans les bars à champagne sont moins représentées parmi les usagères et usagers des associations (13.6%), tandis que les travailleuses et travailleurs du sexe "escorts" sont quasiment absents (2%).

L'analyse des distributions permet de mettre en perspective les moyennes constatées ci-dessus. On observe en effet la présence d'un petit groupe d'associations "spécialisées" dans l'offre de prestations aux travailleuses et travailleurs du sexe exerçant dans la rue (pour 4 associations, c'est leur unique public-cible), tandis qu'un grand nombre d'associations (67.9%) n'ont quasiment aucun contact avec ce type de population (moins de 5% des usagères et usagers). On constate que les associations spécialisées dans la prostitution de rue se situent dans des villes de taille moyenne à grande (Fribourg, Bâle et Zurich). Dans le canton de Fribourg, cela s'explique par la forte prédominance de la prostitution de rue (cf. Mapping), tandis que dans les cantons de Bâle-Ville et Zurich, il existe en parallèle d'autres associations spécialisées prenant en charge la population prostituée provenant d'autres types de settings. Les associations n'ayant aucune travailleuse ou aucun travailleur du sexe travaillant dans la rue parmi leurs usagères et usagers se trouvent dans des cantons sans scène ouverte de la prostitution (Valais, Schwytz ou Schaffhouse notamment) ou dans des cantons où la prostitution de rue est moindre en comparaison des autres settings (Berne, Thurgovie ou Lucerne par exemple).

Les travailleuses et travailleurs exerçant en salons de massage, dans les cabarets et, dans une moindre mesure, dans les bars à champagne, constituent des usagères et usagers typiques des associations, sans que ces dernières ne se spécialisent dans l'intervention auprès de ces populations.

Enfin, concernant les travailleuses et travailleurs du sexe "escorts", les chiffres sont sans équivoque : ils ne représentent jamais plus de 15% des usagères et usagers et 74.1% des associations ne comptent aucun-e "escort" parmi sa population usagère.

De manière générale, la proportion d'usagères et usagers travaillant dans les différents settings correspond à celle de la population exerçant dans ce domaine décrite plus haut (cf. profil des travailleuses et travailleurs du sexe). Elle varie en fonction de deux facteurs : d’une part la présence ou non d’une légalisation cantonale spécifique et d’autre part la région linguistique. Comme nous l’avons montré ailleurs (Bugnon et al. 2009a), ces deux facteurs sont souvent corrélés, l’absence de législation cantonale étant une caractéristique des cantons suisses alémaniques alors que les cantons latins ont en général édicté une loi ou un règlement à ce sujet. On observe que les personnes travaillant dans la rue sont plus nombreuses, en moyenne, parmi les usagères et usagers des cantons possédant une législation (30% contre 3% seulement dans les autres cantons), alors que les personnes travaillant dans les cabarets et les bars à champagne représentent en moyenne une plus grande part des usagères et usagers dans les cantons sans législation spécifique (32.4% contre 22% et 18.5% contre 12% respectivement). Les scènes ouvertes de la prostitution se situent en effet toutes dans des cantons possédant soit une règlementation communale, soit une loi cantonale sur la prostitution. On observe par ailleurs des différences en fonction de la région linguistique : les usagères et usagers travaillant dans la rue ainsi que dans les cabarets sont deux fois plus présents dans les cantons latins que dans les cantons alémaniques, alors que les personnes travaillant dans les salons de massage et les bars à champagne représentent deux fois plus d'usagères et usagers dans les cantons alémaniques que dans les cantons latins.

Usagères et usagers selon le type de permis de séjour

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Les personnes titulaires d'un permis L sont les plus représentées parmi la population-cible des associations (31.2%). Les Suisses, les personnes titulaires d'un permis B ou C ainsi que les personnes sans-papiers représentent des proportions semblables dans la population des usagères et usagers (23% en moyenne environ).

A nouveau, ces chiffres peuvent être quelque peu nuancés en observant les distributions. La population des sans-papiers est en effet très minoritaire (10% ou moins) pour la moitié des associations. Seules quelques associations comptent de nombreux sans-papiers au sein de leur public-cible (6 associations comptent plus de 50% de sans-papiers) et ces associations sont localisées dans trois cantons bien précis : Fribourg, Tessin et Vaud où l'on peut alors supposer qu'une part plus importante de travailleuses et travailleurs du sexe s'y trouvent en situation illégale du point de vue du permis de séjour. De même, si quelques rares associations rencontrent de nombreuses travailleuses et travailleurs du sexe suisses parmi leurs usagères et usagers, cette population ne représente pas un public-cible typique, puisque la moitié des associations compte moins de 10% de Suisses parmi leurs usagères et usagers. On peut supposer que les Suisses ont davantage de ressources (réseau social, connaissance du droit, etc.) que les migrantes et ressentent ainsi moins le besoin d’obtenir le soutien des associations. En fin de compte, ce sont les titulaires de permis L, B ou C qui représentent le mieux les usagères et usagers typiques des services associatifs. On constate par ailleurs que ces trois types de permis de séjour sont plus importants dans les cantons ne possédant pas de législation spécifique sur la prostitution, alors que la population sans-papiers et suisse représente une plus grande part des usagères et usagers dans les cantons dotés d'une législation spécifique. D'autre part, la population d'usagères et usagers sans-papiers est clairement plus conséquente dans les cantons latins (40.5% contre 9.6%), alors que les permis B/C et les Suisses sont trois fois plus nombreux dans les cantons germanophones que dans les cantons latins. On ne note pas, par contre, de différence importante selon la région linguistique concernant les personnes titulaires d'un permis L.

Usagères et usagers selon la région d’origine

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En termes de région d'origine, la population faisant recours aux associations est d'abord constituée de personnes originaires d'Amérique latine (35.10%) et des pays d'Europe de l'Est extracommunautaires (hors UE 8) (21.10%). Les travailleuses et travailleurs du sexe provenant de l'Union européenne se répartissent en parts égales entre les pays d'Europe de l'Est (UE 8) (13.05%) et ceux d'Europe de l'Ouest (10.40%). Les usagères et usagers d'origine asiatique, maghrébine ou sub-saharienne sont clairement moins représentés (7.95%, 3.06% et 8.86% respectivement). Cette distribution des usagères et usagers des associations selon leur région d’origine correspond de manière générale à celle de la population du marché du sexe (cf. « Profil des travailleuses et travailleurs du sexe »).

On constate des différences importantes concernant l'origine des usagères et usagers en fonction de la région linguistique : les personnes originaires d'Amérique latine (45.1%) et d'Afrique de l'Ouest (13.7%) représentent en moyenne une part beaucoup plus importante des usagères et usagers dans les cantons latins (contre environ 3% dans les cantons alémaniques), alors que les travailleuses et travailleurs originaires d'Asie (12%) et d'Europe de l'Est (UE 8) (16.9%) sont plus nombreux dans les cantons alémaniques (contre 3% et 8% respectivement dans les cantons latins). Les autres origines sont représentées de manière équitable dans les deux régions linguistiques.

Synthèse

Des settings sont moins contrôlés et sont moins touchés par les actions de soutien et de prévention que d’autres. Cette disparité amène à se demander s’il faut intervenir davantage dans la rue et auprès des escorts, qui représentent pour le moment des populations-cibles secondaires.

La population prostitutionnelle (et donc les usagers et usagères qui s’adressent aux associations) s’est diversifiée depuis les années 1990. Il s’agit, d’une part, d’une diversification des lieux d’origine avec l’arrivée de migrantes provoquée par l’éclatement du bloc soviétique en 1989 (Guillemaut 2002) dont les statuts de séjours varient également du plus précaire au plus stable. D’autre part, la diversification de genre avec l’augmentation de la prostitution masculine et transgenre a été rendue possible par la révision du Code pénal à la même époque (Bugnon et al. 2009a). Enfin, une période marquée par la précarisation croissante des groupes marginalisés qui peut expliquer le recours à la prostitution de manière occasionnelle pour couvrir les besoins financiers (personnes toxicodépendantes, chômeuses et chômeurs) (Mathieu 2000). A ces profils divers s’ajoutent d’autres pratiques dispersées dans la ville (masseuses dans les salons, hôtesses dans les bars, danseuses dans les cabarets). Ces facteurs provoquent une diversification radicale de la prostitution qui a conduit les associations à adapter leurs offres. Ainsi, elles s’adressent désormais davantage aux personnes précaires et migrantes plutôt qu’aux dites professionnelles dont la prise de risque est moindre en comparaison.

  1. Aucune donnée officielle ne nous a été transmise par la police cantonale tessinoise, pourtant chargée par la loi de recenser les personnes prostituées.
  2. L'absence de données officielles exigées par la loi ne signifie pas que la police ne possède aucune donnée sur le sujet ; en effet, il est fréquent que les personnes prostituées et les établissements soient recensés par la police de manière informelle. Ces données officieuses ont été prises en compte lors du calcul des moyennes cantonales qui a donné lieu aux estimations données tout au long de ce chapitre.
  3. Ceci explique pourquoi les chiffres fournis plus bas ne correspondent pas toujours aux données officielles : d'autres acteurs (associatifs par exemple) sont venus pondérer les données fournies par la police.
  4. Aucune donnée transmise ne nous permet de savoir s'il en est de même pour les autres cantons.
  5. En ce qui concerne les travailleuses et travailleurs du sexe, seules des données de la ville de Zurich et quelques-unes de la ville de Winterthur nous ont été transmises. Aucune ne porte sur l’ensemble du canton de Zurich.
  6. Aucune donnée à ce propos pour les cantons de Saint-Gall et Thurgovie.
  7. Nous n'avons aucune donnée chiffrée concernant le marché du sexe dans le canton des Grisons, où toutefois le marché du sexe est présent.
  8. Les cantons de Berne, Grisons, Saint-Gall et Tessin ne fournissent aucune donnée sur le nombre de salons de massage présents sur leur territoire.
  9. Ce canton a interdit le permis de danseuse puis il l’a réintroduit par la suite.
  10. Il convient de préciser que les nombres de bars à champagne ainsi que d'hôtesses ne sont pas toujours mentionnés dans les questionnaires.
  11. Les cantons de Fribourg et Nidwald ne fournissent aucune donnée sur le nombre de femmes travailleuses du sexe et Appenzell Rhodes intérieures mentionne n'en avoir aucune.
  12. Aucune donnée n'est transmise par les cantons de Argovie, Appenzell Rhodes intérieures et extérieures, Berne, Bâle-Campagne, Fribourg, Nidwald, Schwyz, Soleure, Tessin, Thurgovie, Valais, Uri et Zoug.
  13. Aucune donnée n'est mentionnée pour les cantons d’Argovie, Appenzell Rhodes intérieures et extérieures, Fribourg, Nidwald, Schaffhouse, Tessin, Thurgovie, Zoug et Uri.
  14. Les cantons d’Argovie, Appenzell Rhodes intérieures, Berne, Bâle-Campagne, Grisons, Nidwald, Uri, Valais et Zoug ne fournissent aucune indication.
  15. Aucune indication n’a été transmise en ce qui concerne les cantons d’Appenzell Rhodes intérieures, Bâle-Campagne, Glaris, Fribourg et Zurich.
  16. Il n’y a aucune donnée concernant les cantons d’Argovie, Appenzell Rhodes intérieures, Bâle-Campagne, Nidwald, Obwald, Vaud et Zoug.
  17. N=80